J’ai cru que j’étais quitté, en fait j’étais aimé
Il y a un an jour pour jour, je me suis retrouvé dans le même atelier de danse que la femme qui venait d’arrêter notre relation deux jours avant. Elle était avec son nouveau chéri dans cet atelier.
Au moment de la rupture, elle m’avait dit qu’elle ne m’avait pas quitté pour lui. Elle devait aller avec lui pour vivre ce qu’elle avait à vivre, avec lui. J’ai entendu mais je n’avais pas compris. J’étais triste. J’étais en colère. J’étais jaloux.
Ce soir-là, je les ai vus. J’ai vu mon ex dans les bras de son nouveau chéri. J’ai gardé les yeux ouverts pour voir la réalité. Et la réalité est surprenante. Elle a changé d’énergie. Elle montre une autre manière d’être. Effectivement, elle ne peut pas rester avec moi. Notre relation était bâtie sur une tout autre dynamique. Nous ne pouvons pas rester ensemble. Honnêtement, je n’aurais pas choisi la femme de ce soir comme partenaire.
J’ai compris que ce n’était pas moi qu’elle quittait mais son ancienne elle pour aller vers son nouvel être.
Le cœur apaisé, je ressens maintenant tout l’amour qu’elle a pour moi et combien la décision a été difficile pour elle. Ce n’est pas parce qu’elle part qu’elle me quitte. Simplement elle part. Pour elle. Elle ne m’abandonne pas. Elle n’a pas arrêté de m’aimer. Elle n’a pas renié ce que nous avons partagé de beau.
Mon cœur s’ouvre à son amour.
En écrivant ces mots, j’écoute en boucle « Hercule Poirot - Redemption (Murder on the Orient Express) » sur YouTube. Cette scène m’a toujours beaucoup ému. Tu peux la mettre pour lire la suite, nous serons plus connectés par cette musique commune.
Hercule Poirot s’en va laissant derrière lui les meurtriers à la police. En tant que détective, il a fait ses devoirs en démasquant les meurtriers. Il fait ce qui était juste à faire. Mais en tant qu’homme, il compatit à la douleur des meurtriers qui se sont vengés de la mort de leur enfant. Les larmes ruissellent sur les joues et ses yeux se plissent de douleurs. En tant que croyant, il sort son chapelet et prie pour le salut de leurs âmes.
Parfois ça fait mal de faire ce qui est juste pour soi. On sait qu’on va créer de la douleur. On voudrait ne pas faire souffrir ceux qu’on aime. Mais il n’y a pas d’autre solution que de suivre l’appel de notre âme même si on entend notre cœur hurler de chagrin pour ceux qu’on chérit tant.
Une autre femme a arrêté notre relation pour aller en Australie. Elle y était appelée de tout son être. Elle voulait que j’y aille avec elle mais je devais rester en France. Elle avait dit qu’elle avait beaucoup pleuré. Que c’était très dur. Je compatis pour elle. Oui. Mais je n’ai pas mesuré toute la mesure de ses mots. Elle avait dit pleurer. Elle avait dit de la peine. J’ai entendu le mot “pleuré”, j’ai entendu le mot “peine”. Mais je n’avais pas entendu les mots, qu’elle ait dit ou non peu importe, “Je t’aime fort et ça fait mal dans mon cœur”. Je ne les ai pas entendus parce que je ne croyais pas qu’on pouvait m’aimer si fort. Je ne les ai pas entendus parce que je croyais que vu que j’étais moins bien que l’Australie, je n’étais pas si important que ça. En fait si, une partie de moi les avait compris mais une autre non.
Celle qui disait non, était celle qui avait peur d’être aimée. Parce que quand j’aime, c’est moi l’acteur. C’est moi qui contrôle. C’est moi qui dis “oui”, “non”, “je ne sais pas”. Quand je suis aimé, je suis vulnérable, impuissant. C’est un cadeau merveilleux et pourtant je ne peux rien faire pour contrôler, pour le garder, pour me sécuriser. Je ne peux rien faire pour que ça dure. Je peux donner plus pour qu’elle reste plus mais elle ne m’aimera pas plus. Elle m’appréciera plus mais ne m’aimera pas plus. Tout ce que je vais faire c’est manipuler pour être aimé mais alors ce n’est pas de l’amour.
L’amour est gratuit. L’amour est libre. L’amour est sans raison. On aime puis on trouve les raisons après avec notre tête pour expliquer. C’est comme les achats compulsifs. J’achète d’abord puis j’explique à ma chérie pourquoi c’était une bonne affaire.
J’ai été quitté encore d’autres fois. Mais ce soir, j’ai compris que toutes ces fois où je me suis dit que j’étais quitté, en fait je n’étais pas quitté. J’étais aimé. Mais seulement d’un autre endroit du monde et un autre endroit dans leur cœur.
Depuis des années, j’ai reçu tous ces amours, tout cet amour en cadeau. Je le savais avec ma tête. Mais pas avec le cœur. Je les ai gardés dans leurs boîtes d’origine sans les ouvrir. Aujourd’hui, j’ose les ouvrir. J’ose les regarder en face. J’ose les accueillir dans mon cœur. Il y en a trop. Ça se bouscule dans mon cœur comme les gens dans le métro en heure de pointe. Ça fait mal. Je pleure de douleur physique. Mais contrairement au métro qui est rigide, mon cœur est élastique. Il s’agrandit. Petit à petit. Ce sont des douleurs de croissance.